Déshériter un parent, ce que dit vraiment le droit français

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On l’imagine impossible, presque tabou : exclure un parent de sa succession. Le droit français, pourtant, le permet dans bien plus de situations qu’on ne le croit, à condition de bien comprendre la mécanique de la réserve héréditaire.

La réserve héréditaire, réservée aux enfants

Depuis la réforme du droit des successions de 2006, entrée en vigueur en 2007, les ascendants, c’est-à-dire les parents, grands-parents et au-delà, ne sont plus des héritiers réservataires. Concrètement, cela signifie qu’un parent n’a plus, par principe, de part automatiquement garantie sur la succession de son enfant décédé, contrairement aux descendants directs, qui restent protégés par la loi quoi qu’en dise un testament contraire.

Ce que montre le tableau des situations

Situation Part réservataire Marge de manœuvre du testateur
Un enfant unique 1/2 de la succession Quotité disponible de 1/2, librement attribuable
Deux enfants 2/3 de la succession, à parts égales Quotité disponible de 1/3
Trois enfants ou plus 3/4 de la succession, à parts égales Quotité disponible de 1/4
Parent (ascendant), en présence de descendants Aucune réserve légale Peut être totalement exclu par testament
Parent (ascendant), en l’absence de descendants Aucune réserve, mais droit de retour légal limité Reste librement testable, hors biens visés par ce droit de retour

Le droit de retour légal, la nuance à connaître

Même sans réserve héréditaire, un parent conserve, dans certains cas, un droit de retour légal : s’il avait lui-même fait une donation à son enfant décédé, et que celui-ci n’a pas de descendant, la loi lui permet de récupérer les biens ainsi donnés, dans une certaine limite, même si le testament du défunt prévoyait le contraire. Ce mécanisme protège les biens qui ont, en quelque sorte, transité par la famille, sans pour autant recréer une réserve générale sur l’ensemble du patrimoine.

Pourquoi cette distinction avec les enfants

La logique du législateur reste cohérente : la réserve héréditaire protège en priorité les héritiers les plus dépendants économiquement du défunt, et donc les descendants, souvent plus jeunes et parfois encore à charge. Un parent, statistiquement plus âgé et généralement plus autonome financièrement au moment du décès de son enfant, n’a plus été jugé prioritaire à protéger de la même façon depuis cette réforme, ce qui explique la disparition de sa réserve automatique.

Et si le défunt n’a ni conjoint ni descendant

La situation se complique quand le défunt ne laisse ni enfant ni conjoint survivant : en l’absence de testament, ce sont alors les parents et, selon les cas, les frères et sœurs qui héritent selon les règles de la dévolution légale. Un testament rédigé à l’avance permet précisément d’écarter cette dévolution par défaut, en désignant d’autres bénéficiaires, à condition, encore une fois, de respecter le droit de retour légal si des biens familiaux ont transité par une donation antérieure.

Les droits de succession, une question distincte

Exclure un parent de sa succession ne règle qu’une partie du sujet : encore faut-il que les bénéficiaires finalement désignés puissent assumer la fiscalité applicable. Les droits de succession varient fortement selon le lien de parenté avec le défunt, avec des abattements bien plus généreux pour un enfant que pour un tiers sans lien familial. Un légataire extérieur à la famille proche peut ainsi se retrouver à devoir régler une fiscalité conséquente sur les biens reçus, un point à anticiper au moment de rédiger le testament, pas une fois la succession ouverte.

Ce qu’il faut retenir avant d’agir

Rédiger un testament qui exclut un parent reste une démarche à sécuriser avec un notaire, notamment pour vérifier qu’aucun bien donné antérieurement ne tombe sous le coup du droit de retour légal, et pour s’assurer que la formulation retenue ne laisse aucune place à contestation. Le site officiel service-public.gouv.fr détaille les règles générales applicables aux successions, mais un accompagnement personnalisé reste indispensable dès que la situation familiale sort de l’ordinaire.


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