Créer une SARL ou une SAS, la vraie différence

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Quand un ancien collègue m’a demandé, l’an dernier, s’il devait monter sa boîte en SARL ou en SAS, sa première question portait sur le montant du capital à réunir. Mauvaise entrée en matière : ce n’est presque jamais là que se joue le bon choix entre ces deux statuts.

Le régime social du dirigeant, le vrai point de bascule

Le gérant majoritaire d’une SARL relève du régime social des indépendants, avec des cotisations sociales généralement moins élevées mais une couverture sociale plus limitée, notamment sur la retraite et la prévoyance. Le président d’une SAS, lui, est assimilé salarié : il cotise au régime général, avec une meilleure couverture, mais des charges sociales sensiblement plus lourdes sur sa rémunération. Pour un dirigeant qui se verse un salaire modeste au démarrage, la différence reste limitée ; elle se creuse nettement dès que la rémunération grimpe.

La liberté statutaire, l’autre grand écart

La SARL est encadrée par un modèle légal assez rigide, ce qui rassure les associés qui préfèrent un cadre déjà balisé, avec peu de place à la négociation. La SAS, à l’inverse, laisse une liberté quasi totale de rédaction des statuts : répartition du pouvoir, conditions d’entrée et de sortie des associés, clauses spécifiques pour un investisseur qui entre au capital plus tard. Cette souplesse séduit particulièrement les start-up qui anticipent des levées de fonds, où la capacité à négocier des conditions sur mesure avec un nouvel actionnaire pèse lourd.

La transmission et l’entrée de nouveaux associés

Céder des parts de SARL à un tiers extérieur à la famille impose en principe l’accord de la majorité des associés, une procédure appelée agrément, plus lourde à mettre en œuvre. Céder des actions de SAS est en général plus simple et plus rapide, sauf si les statuts en décident autrement. Pour une entreprise familiale qui ne prévoit pas d’ouvrir son capital, cette différence compte peu ; pour une société qui envisage d’accueillir des investisseurs, elle devient déterminante.

Le capital et la responsabilité, un faux clivage

Sur ce point précis, les deux statuts se ressemblent bien plus qu’on ne le croit : aucun capital minimum légal n’est imposé, ni pour l’une ni pour l’autre, et la responsabilité des associés est limitée à leurs apports dans les deux cas. Le vrai choix ne se joue donc jamais sur cet argument, malgré une idée reçue tenace.

La fiscalité, une différence plus fine qu’il n’y paraît

Sur le plan fiscal, les deux structures sont par défaut soumises à l’impôt sur les sociétés, avec la possibilité, sous conditions et pour une durée limitée, d’opter pour l’impôt sur le revenu dans les deux cas. La vraie différence se niche ailleurs : dans une SARL entre époux ou entre membres d’une même famille, appelée SARL de famille, une option pour l’impôt sur le revenu peut être maintenue sans limite de durée, un avantage que la SAS ne propose pas dans les mêmes conditions. C’est un détail qui ne concerne qu’une minorité de créateurs, mais qui peut peser lourd pour une entreprise familiale transmise de génération en génération.

Le cas particulier de l’associé unique

Les deux statuts existent aussi sous une forme unipersonnelle : l’EURL pour la SARL, la SASU pour la SAS. Le fonctionnement reste globalement le même que pour la version à plusieurs associés, avec les mêmes différences de régime social entre gérant et président. Pour un créateur qui démarre seul mais anticipe l’arrivée rapide d’un associé ou d’un investisseur, la SASU a souvent la faveur, car la transformation en SAS classique s’effectue plus simplement que le passage d’une EURL à une SARL à plusieurs.

Un choix à faire avec un professionnel, pas seul

Entre le régime social visé, l’ambition de croissance, le nombre d’associés prévus et la stratégie de transmission à moyen terme, le bon statut dépend d’un projet précis, pas d’une préférence générale pour l’un ou l’autre. Le portail officiel entreprendre.service-public.gouv.fr détaille les démarches de création pour chaque forme juridique, mais un échange avec un expert-comptable ou un avocat en droit des affaires reste le meilleur moyen de trancher sur un projet réel, chiffres à l’appui.


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